Saison 2épisode 12

Transcription intégrale de l’épisode

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La suradaptation face aux soignants

Introduction

Suradaptation est sur Instagram !!

Aujourd’hui, je reçois Mathilde, vétérinaire et comportementaliste, pour aborder un sujet de notre quotidien.

Un entretien sincère, joyeux, qui dédramatise un sujet très sérieux :

🩺 La suradaptation quand on est en présence du corps médical.

C’est fou comme on joue un rôle :

  • Peur de déranger
  • Peur d’être jugé·e
  • Peur de ne pas être entendu·e ou pris·e au sérieux…

Mathilde nous partage son expérience en tant que professionnelle : des situations de suradaptation de personnes qu’elle accompagne pour le bien-être de leurs animaux. Mais aussi la sienne, en tant que soignante.

Retrouvez Mathilde et sa consoeur Laure, dans le podcast Vethologie.

Suradaptation face aux soignants, introduction

Bonjour chers auditeurices, alors je vais faire un petit peu de mystère pour commencer cet épisode et vous dire que vous ne savez pas encore pourquoi, mais l’épisode a quelque chose de particulier. On va dire qu’il a une touche très très personnelle, une résonance avec ma vie. Vous allez comprendre au début de l’interview, je ne vous spoil pas.

En tout cas, ça n’est pas directement lié au sujet, qui est cependant une thématique très très très importante que je voulais aborder quand on parle de la suradaptation : comment ne pas parler de l’attitude que nous avons face à l’autorité médicale ? Alors, autorité, ça ne veut pas dire que les médecins sont autoritaires. Certains le sont, mais ça n’est pas une généralité. Pourtant, on a tendance à se suradapter quand on est avec les professionnels de l’accompagnement d’une manière générale. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, ça peut être votre médecin généraliste, ça peut être, je ne sais pas, le pédiatre ou le médecin qui s’occupe de votre enfant. De vos animaux, puisque là, pour cette interview, vous allez entendre Mathilde avec qui on a abordé ce sujet. Et oui, nos petites bêtes à poil, ça n’échappe pas à cette attitude que nous avons face aux « sachants ». Je vais vous réexpliquer tout de suite ce terme.

C’est le corps médical en général et le milieu thérapeutique. On n’ose pas dire ce qu’on pense, on a peur de déranger, de gêner, on s’excuse un peu à tout va, on se dit qu’on va lui faire perdre son temps, parfois on sait qu’il y a d’autres personnes qui attendent dans la salle d’attente ou d’autres petits toutous ou chats ou peu importe.

Et moi, je le vois également, même quand je vous dis sur l’aspect thérapeutique, je le vois en séance. Parfois, quand vous me parlez, vous avez peur de ne pas dire ce qu’il faut ou vous enrobez la vérité. Et quand je dis vous, je ne m’exclus absolument pas parce que moi, je vois bien l’attitude que j’ai pu avoir par le passé précédent.

Et donc cet épisode, il a pour but de déconstruire un cliché, c’est-à-dire la manière dont on va regarder, dont on va se comporter avec ce qu’on appelle un sachant, une sachante, c’est-à-dire quelqu’un qui a une connaissance que vous n’avez pas. Mais rappelons, vous avez vous-même des connaissances qu’eux n’ont pas et ainsi de suite. Alors oui, cette personne a fait des études, mais elle n’est ni mieux ni moins bien que vous. Vous n’avez aucune raison de vous sentir en position d’infériorité.

Et rappelons quand même quelque chose de très important, tout métier du soin implique le non-jugement, l’écoute et la compassion. Si le ou la professionnel·le que vous avez en face de vous se comporte de manière jugeante, (j’ai pu entendre parfois des personnes qui m’ont raconté des séances médicales avec de la grossophobie, avec du jugement de leur vie ou je ne sais quoi.), eh bien, c’est cette personne qui est dysfonctionnelle. C’est de sa responsabilité et vous n’avez pas à vous sentir humilié·e. Vous méritez le respect et ce n’est pas négociable.

Voilà, je vais maintenant vous laisser écouter l’interview de cette fameuse Mathilde, si chère à mon cœur, vous allez comprendre pourquoi.

L’interview de Mathilde

Mathilde
Bonjour Marnie.

Marnie
On dit aux gens qu’on se connaît ?

Mathilde
On peut.

Marnie
Quand on va leur dire comment on se connaît, ça va être compliqué, non ?

Mathilde
Bah écoute, je te laisse expliquer.

Marnie
Merci, tu me refiles le bébé. Alors, Mathilde est ma nièce, voilà, et pour ceux qui nous écoutent, celles et ceux qui nous écoutent, vous n’imaginez même pas à quel point je suis heureuse qu’elle soit ma nièce parce qu’il y a encore, je crois, deux ans de ça ou quelque chose comme ça, je ne savais même pas que j’avais cette nièce et tout un tas d’autres d’ailleurs. J’ai bien résumé ?

Mathilde
Oui, très bien.

Marnie
Voilà donc pour juste clarifier j’ai appris il y a quelques années que j’avais des sœurs dont j’ignorais complètement l’existence et la maman de Mathilde était ma demi-sœur donc voilà on a tout dit c’est bon ?

Mathilde
On a tout dit.

Jingle Musical

Mathilde
Pour poser un petit peu le contexte, je suis vétérinaire, mais pas que. Ça fait quatre ans que je fais de la médecine du comportement, c’est-à-dire que je vois des animaux qui ont ce qu’on appelle des problèmes de comportement. Je ne vais pas m’étendre sur la notion, sinon je vais y passer des heures. Mais en tout cas, des animaux qui, par leur comportement, posent problème à leur propriétaire. Et ce qui fait que mes consultations à moi sont un peu différentes des consultations que vous connaissez avec vos vétérinaires habituels, déjà parce qu’elles sont très longues. Donc je passe parfois une heure, deux heures avec les gens en consultation, ce qui fait que le cadre est un petit peu différent.

Marnie
Ah oui, donc en fait, une heure, deux heures, au bout d’un certain temps, ils vont sauter tous les filtres et ils sont plus naturels, non ?

Mathilde
Ça marche un peu comme ça parfois, oui. Mais le fait est que la suradaptation, je la vois quand même, déjà parce que consulter un vétérinaire, c’est stressant. Et que comme on parle de comportement, qu’on parle de quotidien, qu’il y a un peu parfois une confusion qui est partiellement justifié, mais quand même, entre comportement et éducation, j’ai beaucoup de gens qui viennent chez moi en ayant très peur que je leur dise qu’ils ont mal fait, qu’ils s’occupent mal de leur animal, parce qu’il y a ça aussi, qu’ils ont mal éduqué leur chien, etc. Et donc, je sens beaucoup de peur du jugement et puis de peur de ce que je vais leur dire à la fin.

Marnie
Oui, c’est clair. Et du coup, ils te disent toute la vérité ou ils te racontent qu’ils ont sorti le chien quatre fois alors qu’en fait, il a passé toute sa journée tout seul ?

Mathilde
Ouais, c’est un peu plutôt la deuxième. Non, effectivement, j’ai beaucoup de gens qui, effectivement, se sentent obligés de mentir, qui ne vont pas vouloir répondre honnêtement à mes questions ou qui vont répondre de manière un peu détournée. C’est-à-dire que moi, je vais leur dire « Et vous le promenez, le chien ? » et ils vont me dire « Oui, oui, entre un quart d’heure et une heure et demie. » Et donc, ma réponse, c’est plutôt un quart d’heure ou plutôt une heure et demie. Parfois, j’ai un peu de mal à obtenir la vérité alors qu’évidemment, je ne suis pas là pour juger. J’accorde une très grande importance à cette posture de non-jugement. Ce qui n’est pas le cas de toutes les soignantes et de tous les soignants, bien sûr. Mais en tout cas, pour moi, c’est très important. Bien sûr, je ne suis pas là pour distribuer des bons points à la fin, mais quand même, beaucoup de gens le redoutent. Oui, j’ai des gens qui ont du mal à me dire la vérité.

Marnie
Mais c’est important ce que tu dis là, en effet, rappeler cette posture de non-jugement. Et quand on parle des soignantes, là, en l’occurrence, c’est ton métier de vétérinaire et de comportementaliste, mais ça marche bien sûr avec les médecins. Et comme tu dis, on sait que ça n’est pas toujours le cas, parce qu’il y a des professionnels de santé qui clairement sont dans le jugement quand on voit encore les propos qui sont tenus par rapport à la grossophobie. Mais d’un autre côté c’est quand même de dire aux personnes, en fait, vous n’avez pas à vous suradapter à votre professionnel de santé. Vous avez le droit de dire la vérité. Vous avez le droit d’être vous.

Jingle musical

Mathilde
La pression de l’entourage est absolument énorme quand on a un animal qui a des problèmes de comportement. Ils arrivent face à moi en se disant que je vais forcément leur dire qu’ils ont tout raté. Tout n’est pas de la faute des gens qui ont un animal qui a des problèmes de comportement. Il y a une énorme part de génétique, de conditions de développement. Ma phrase préférée, c’est de dire aux gens, en fait, tout ce que vous avez fait là, vous auriez pu le faire exactement à l’identique avec un autre chien, vous n’auriez pas eu ces problèmes-là. Donc oui, bien sûr, on fait des erreurs, on en fait toujours. Et moi, j’ai fait des erreurs quand je me suis occupée de mes animaux et j’en ferai encore mais par contre il est certain que certaines erreurs sont moins pardonnées que d’autres, pardonnées entre guillemets bien sûr, je ne prête pas d’intention aux animaux, mais certaines erreurs marquent plus que d’autres chez certains animaux c’est une question de profil.

Marnie
Donc la suradaptation que les personnes peuvent vivre face aux sachants que tu représentes et la peur éventuelle de ton jugement, et on a bien compris qu’ils ne trouveront pas ça avec toi, bien au contraire, c’est ça qui est chouette. Toi, comment tu dirais que tu te suradaptes parfois aux clients, ou pas du tout, je ne veux pas te prêter ça si ce n’est pas le cas ?

Mathilde
Ça m’arrive d’être dans des situations de contrainte vis-à-vis des clients. Déjà parce que parfois, je suis en train de ramer pour obtenir la vérité. Ça a un côté frustrant parce que je sais, on le sait, que vous ne dites pas la vérité. Au passage, les chiens et les chats ne mentent pas. Parfois, je suis confrontée à des situations de, sans forcément parler de maltraitance, de négligence ou d’incompréhension majeure des humains envers leur chien ou leur chat. Et ça, parfois, c’est un peu dur. Je me souviens d’une consultation qui m’a beaucoup marquée. C’est au tout début, je commençais juste à faire de la médecine du comportement et j’ai vu des gens qui avaient un jeune Eurasier. Donc si vous ne savez pas ce que c’est les Eurasiers, c’est des chiens primitifs. C’est notamment très chasseurs et c’est des chiens assez actifs. Et globalement, ils espéraient avoir un Eurasier qu’ils ne promèneraient pas, qu’ils vivraient en liberté sur leur terrain avec des poules que le chien avait très envie de manger. Et quand j’ai commencé à leur dire que les conditions de vie du chien, ce n’était pas possible, ils m’ont répondu « mais comment on va faire ? Nous, on travaille, qu’est-ce qu’on va faire ? » Et ma réponse, c’était « ne prenez pas de chien ». Évidemment, je ne peux pas dire ça ! Surtout quand le chien est déjà là. Et donc voilà, ça c’est parfois une situation de suradaptation pour moi, de ne pas pouvoir juste répondre « ne prenez pas de chien » et de devoir être confrontée à des situations parfois… On parle de négligence, peut-être de maltraitance passive. Et encore, je pense que ce chien, il n’était pas en situation de mal-être. Mais parfois, j’ai des chiens ou des chats qui vivent des situations vraiment atroces. Et je dois trouver la manière gentille de le dire pour essayer d’aider tout le monde.

Marnie
On parle sur adaptation, mais j’ai l’impression que quand je t’entends, aussi douloureux que ça soit, finalement, tu as peut-être tout simplement appris à t’adapter à ça parce que ça fait partie de ton métier, même si ça n’est pas confortable. Mais est-ce que tu dirais que quand tu as des situations comme ça, ça te génère encore beaucoup de charge mentale ou non, ça fait partie du job et tu as appris à le gérer ?

Mathilde
C’est variable. Ça dépend un peu du caractère extrême. Là, la situation avec le rasier, aujourd’hui, je le vivrais beaucoup mieux, je pense. Mais certaines situations sont quand même plus intolérables que d’autres. Donc, il y a quand même des situations que je ramène à la maison, on va dire. Mais oui, ça fait partie du métier, effectivement. Et puis, bêtement, j’ai en tête qu’on ne peut pas aider tout le monde et que parfois, ma marge de manœuvre est très limitée. C’est comme ça.

Marnie
Bien sûr, et tu l’acceptes. Et tu es dans l’acceptation parce que ça fait partie de ton job, en effet.

Mathilde
Oui, c’est ça. Il faut…

Jingle musical

Marnie
On a parlé de la suradaptation des gens envers toi, de toi envers eux, mais est-ce que toi, des fois, tu es en suradaptation à cause d’un animal ? Parce que tu as quand même, surtout pendant deux heures, j’imagine que tu as une relation très proche avec lui. Est-ce que tu as des animaux qui te mettent mal à l’aise ?

Mathilde
J’en ai qui m’empêchent de consulter.

Marnie
C’est vrai ?

Mathilde
Ah ouais, ouais, ouais, non. Notamment, j’ai beaucoup de chiens qui sont qualifiés, bon, à mon sens, à tort, mais c’est un autre débat de hyperactifs, et qui passent, c’est vrai, une heure de consultation, à déambuler, à monter sur tous les mômes de la clinique, à aboyer. Donc, oui, j’ai de l’empathie pour eux parce que je sais que s’ils sont comme ça, c’est qu’il y a un problème et que je suis là pour les aider. Mais c’est vrai qu’ils stressent ou juste qu’ils s’ennuient chez eux et que là, c’est la fête parce que moi, dans ma salle de consultation, j’ai des jouets, j’ai des friandises. Le problème, c’est que parfois, je fais l’erreur de mettre une balle pouic-pouic avec des chiens qui rêvent d’avoir une balle pouic-pouic. Bon ma dernière balle est morte récemment et j’en ai pas acheté encore mais c’est pour dire donc voilà l’autre jour j’avais un berger australien en consultation qui n’a fait qu’aboyer à la porte parce qu’il voulait sortir il était à la fois très stressé et à la fois très intense et donc parfois j’essayais de parler et puis il se mettait à aboyer et puis j’attendais juste que ça passe et je me demandais comment j’allais finir cette consultation mais bon c’est comme ça, ça fait partie du job aussi.

Marnie
J’ai eu l’image, en fait, quand tu me dis « qu’il court partout, qu’il saute et qu’il aboie ». C’est quand tu as dis « qui aboie » que je me suis dit que « non, finalement, tu n’es pas pédiatre ».

Mathilde
Non, mais quand même, on se comprend avec les pédiatres. Parce que soigner un être qui est la prunelle des yeux de la personne qui nous l’amène et qui ne parle pas, oui, quand même, on se ressemble.

Marnie
Non, mais c’est clair. Et tu as des animaux, toi aussi. Donc, du coup, ça doit t’arriver d’être aussi une cliente chez le vétérinaire, non ?

Mathilde
Oui, oui, oui, et je vous comprends ! Non, c’est vrai que c’est extrêmement stressant, parce que comme dit, on confie vraiment la prunelle de nos yeux à la personne en face, et on a des attentes très élevées, et à la fois quelqu’un qui en face n’a évidemment et heureusement pas du tout la même implication émotionnelle, et qui a un temps limité, en fait, tout simplement ! Et moi, en plus, j’ai envie de tout dire parce que j’ai toutes les infos en tête et je pense que j’en ai plus que la moyenne des propriétaires, ce qui est normal. Mais même en tant que propriétaire non véto, non soignant, on a envie de dire plein de choses et on a en face de nous quelqu’un qui n’a pas toujours le temps. Et donc, on essaye de faire le tri. Moi, j’ai des gens qui s’excusent, qui commencent à me poser plein de questions, à partir dans tous les sens, qui me disent « Ah là là, je suis désolée, je pars dans tous les sens ». Je leur dis « Mais on est là pour ça ». Mais oui, de mon côté, ça m’arrive aussi, je le vis aussi. Pas oser poser la question, pas oser avoir l’air de remettre en question. Voilà, c’est très dur, c’est sûr.

Marnie
J’espère qu’on ne va pas nous accuser d’avoir fait le parallèle entre avoir un animal et un enfant.

Mathilde
Probablement que si, mais ce n’est pas grave, j’assume.

Marnie
Moi, je précise que je suis moi-même et maman d’enfant et maman de deux border collies, n’est-ce pas ? Et que, oui, les gens qui ressentent un amour infini pour leur animal ont le droit, que ça n’a rien à voir avec la balance d’un être humain, mais qu’en même temps, un animal a le droit d’avoir sa place à part entière. Et si on peut remettre également ce débat au centre de notre interview, c’est chouette.

Mathilde
Oui, avec plaisir.

Marnie
Écoute, merci à toi pour ce bon moment.

Mathilde
Merci beaucoup, Marnie.

Marnie
J’espère qu’ils rigoleraient autant en nous écoutant que nous.

Mathilde
J’espère aussi.

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La méthode DRAMA™

À la découverte de votre vrai self

Si vous vous reconnaissez dans les situations de suradaptation (tenir l’image, s’oublier, culpabiliser, se sentir “à côté” de sa vie), l’atelier en ligne DRAMA™ vous plaira beaucoup ! Je l'ai construit sur protocole structuré issu de plus de 40 courants thérapeutiques que j'ai découverts durant des années de recherche et de formations : psy, philo, socio, neuro… et même théâtre avec une forme de dramathérapie ! (J'ai été comédienne et metteuse en scène pendant 15 ans.)

Suradaptation → origines → déconstruction → dé[DRAMA]tisation → vrai SELF

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