Pour écrire cet article, ce qui m’intéresse aujourd’hui dans le long-métrage de Yann Gozlan, c’est l’objet culturel qui porte un propos sociétal et politique : le danger du développement personnel, l’injonction au bonheur, les dérives du coaching, et le besoin collectif de héros et mentors, nourri par une société qui valorise la performance, la réussite financière et sociale, au détriment du lien.
Pour préciser mon angle, je ne propose pas ici une critique cinématographique du film Gourou. J’ai un attrait tout particulier pour la culture, du fait de ma précédente carrière de comédienne et metteuse en scène, mais je laisse l’analyse cinématographique aux professionnels.
Le propos n’est cependant pas nouveau, et les dérives induites par le coaching ne le sont pas davantage. L’avènement de la psychologie positive dans les années 1990 a amorcé un virage où le bonheur devient un saint-graal, quoi qu’il en coûte.
Dans l’article, je vous parle aussi d’autres œuvres que le film récemment sorti en salle, elles aussi conçues pour lancer l’alerte. Certains documents (livre, documentaire, podcast) sensibilisent, selon moi, mieux aux dérives du coaching et du développement personnel, car ils donnent un aperçu des coachs (et d’autres activités) plus fidèle à la réalité.
En polarisant le débat sur un personnage fantasque, le film de Yann Gozlan risque de normaliser une parole dogmatique plus discrète, mais tout aussi dangereuse pour la santé mentale. Le·la coach de vie lambda paraît souvent plus modéré·e, avec des intentions sincères, mais peut malgré tout poser problème s’il ou elle ne se remet pas en question sur son manque de formation manifeste.
Saison 2
personnel
À la lecture de cet article et de sa critique acerbe du développement personnel, vous penserez peut-être que je crache dans la soupe. Au fond, vous n’aurez pas tout à fait tort. J’ai moi aussi choisi cette profession pour la facilité de formation qu’elle présentait, et, soyons honnêtes, pour une forme de fierté au départ à porter ce titre glorieux de coach de vie.
Et puis j’ai déchanté.
Dans la pratique, lorsque j’ai commencé à accompagner une clientèle, j’ai vite compris que ma formation de coach professionnelle était bien maigre pour soutenir sérieusement des personnes en quête d’un cadre fiable et compétent.
À l’école de coaching, mes formateurs m’avaient enseigné la méthode Coué, les croyances limitantes et bien d’autres outils du développement personnel. Convaincus d’obéir à une déontologie stricte, ils s’étaient appliqués à nous mettre en garde : les coachs s’intéressent à la relation présent-futur, et non au passé. On laisse ça aux psy !
La mise en application m’est apparue incohérente : pourquoi parler « futur » à des personnes en quête d’un présent plus serein ? Alors même qu’elles ont besoin de confier un passé qui a gravé en elles des schémas et des injonctions responsables de leur questionnement.
Le vrais futu enthousiaste est celui que l’on entrevoit lorsqu’on aime son présent, en paix avec son passé.
C’est ainsi que j’ai commencé à me former à de nouveaux outils et courants thérapeutiques, issus cette fois de la psychologie, dont la thérapie des schémas et la logothérapie. J’ai articulé plusieurs de ces courants dans le protocole DRAMA™ pour permettre aux participant·es d’avoir une lecture plus approfondie de ce qui les questionne.
Ces connaissances me permettent d’avoir une approche psychopédagogique avec mes client·es, et de les orienter vers d’autres professionnels si besoin.
Les coachs ressemblent-ils à celui du film Gourou ?
Une construction narrative force inévitablement le trait
Un thriller a besoin d’un antagoniste clair, d’une montée dramatique, d’un point de bascule, d’une logique de menace.
Le risque, quand on traite des dérives du coaching, consiste à faire croire que le danger se repère à des signaux grossiers. Dans la vie réelle, les glissements sont plus discrets, plus progressifs, et donc plus difficiles à nommer.
Matthieu Vasseur, le personnage du film Gourou, est si extrême qu’il peut paradoxalement rassurer une partie des spectateur·ices. Le raisonnement se fait vite, presque malgré nous : mon coach à moi n’est pas comme ça, donc je suis à l’abri.
Les showmen du développement personnel
Les coachs tels qu’ils sont représentés dans le long métrage sont somme toute assez rares, vous en connaissez peut-être certains :
- Tony Robbins (USA), plusieurs livres largement inspirés du travail de son prédécesseur Jim Rohn.
- David Laroche et Max Piccinini, et leurs promesses de réussite maximale, transformation rapide, abondance, etc.
- Franck Nicolas, positionné sur le business coaching et le leadership, avec une communication très axée sur la réussite financière et une image très polarisante (fans ultra convaincus vs critiques virulents sur les dérives du coaching à l’américaine).
Ce sont des célébrités. La question intéressante, pour revenir à une lecture plus réaliste, est la suivante : quelle part du marché du coaching représentent-ils réellement, et que devient le reste, beaucoup plus ordinaire, plus discret ?
La réalité du marché du développement personnel
Le manque de réglementation du coaching en France crée un terreau fertile pour les charlatans. Contrairement aux professions réglementées comme la psychiatrie ou la psychologie, n’importe qui peut se proclamer coach du jour au lendemain.
Le bien-être est lucratif et pas assez régulé
Une étude du Global Wellness Institute a montré que le marché global du bien-être atteignait 6,8 billions de dollars en 2024 et devrait croître jusqu’à 9,8 billions de dollars d’ici 2029.
En France, des fédérations s’accordent sur un chiffre de 750 millions d’euros en 2024, sur le seul marché du coaching professionnel. Il est cependant difficile de trouver des chiffres vérifiés.
La liste de ces activités du bien-être est longue, et inclut un nombre incalculable de coachs qui n’ont aucune certification reconnue.
- kinésiologues
- Naturopathes
- Réflexologues
- magnétiseur·euses
- Énergéticien·nes
- Thérapeutes holistiques
- Astrologues, tarologues…
Les enquêtes de la DGCCRF révèlent que 80% des professionnels contrôlés dans le secteur du bien-être présentent des anomalies. Entre quête de sens et manipulation mentale, la frontière est mince, et expose les personnes en quête d’accompagnement à des risques psychologiques majeurs.
Les chiffres de la DGCCRF : un constat alarmant
L’enquête menée par la DGCCRF en 2021 et 2022 est alarmante : sur 165 professionnels contrôlés, près de 80 % présentaient au moins une anomalie. Ces dérives ne sont pas seulement administratives ; elles touchent à la sécurité des consommateurs.
Environ 20 % des professionnels pratiquent une manipulation mentale délibérée, en usurpant des titres ou en faisant des allégations thérapeutiques illégales.
- Usurpation de titres : utilisation de termes médicaux.
- Fausses promesses de guérison : allégations prétendant soigner des pathologies lourdes (cancer, dépression sévère) par le simple changement de pensée.
- Clauses abusives : contrats limitant la responsabilité du professionnel en cas de préjudice.
- Formation éclair : centres délivrant des certifications professionnelles sans valeur après seulement quelques heures d’enseignement.
Pourquoi tant de coachs de vie ?
C’est une reconversion perçue comme accessible, avec des formations courtes et un marché qui promet une installation rapide. La mienne, certifiée RNCP, s’étendait sur neuf mois, et le financement via le CPF rend ce type de parcours encore plus attractif quand on traverse une période de doute professionnel.
Si facilement qu’il est possible de s’installer comme coach de vie sans aucune qualification : avoir lu deux chapitres d’un Eckhart Tolle est un gage de professionnalisme pour certain·es.
Au-delà de l’aspect pratique, il y a aussi une dimension psychologique. Le rôle de coach confère une image d’autorité, d’expertise et de légitimité qui peut flatter l’ego, surtout quand on n’a pas travaillé ses propres blessures dans un cadre thérapeutique. Pourquoi tant d’adeptes ?
Pourquoi tant d’adeptes ?
On traverse une crise de repères à plusieurs niveaux, et ce contexte rend les promesses du coaching particulièrement séduisantes :
-
Effondrements écologiques et anxiétés associées, avec un sentiment diffus d’impuissance.
-
Climat géopolitique anxiogène et polarisation sociale, avec une défiance croissante envers les institutions.
-
Remise en question de modèles hérités, nécessaire mais déstabilisante, dont la dénonciation des injonctions patriarcales, le questionnement du sens du travail et des normes relationnelles.
Dans ce contexte, les offres de coaching professionnel et de développement personnel rencontrent un besoin massif de méthode, de direction, de récit clair, pour se réorganiser vite. Elles proposent un cadre lisible, des étapes, des objectifs, et une impression de reprise en main.
Les promesses sont simples à comprendre et émotionnellement accrocheuses. Le vocabulaire est énergisant : courage, force, volonté, motivation, performance, réussite, meilleure version de soi. Cette rhétorique parle particulièrement aux personnes déjà prises dans des exigences intérieures fortes.
Ce qui reste souvent hors champ, et que je vois en séance, concerne la suradaptation : culpabilité de ne pas réussir, auto-contrôle permanent, peur de décevoir, épuisement à tenir un rôle, difficultés à poser des limites.
Quand la réponse proposée consiste uniquement à se dépasser, à optimiser, à positiver, on renforce sévèrement le point de douleur initial au lieu de le traiter. Chez certain·es, cela se termine en burn-out identitaire, avec des répercussions psychiques bien plus lourdes, que les psychologues rencontrent ensuite en aval.
Film Gourou : parole performative et manipulation mentale
Le film met en scène autant la fabrique d’un gourou que le mécanisme d’adhésion collective : mantras, slogans, répétitions, et cette idée qu’une phrase bien martelée finit par faire vérité.
Ce que tu veux, c’est ce que tu es.
Le clin d’œil à la Miracle Morning Routine de Hal Elrod fonctionne très bien dans le récit, parce qu’il condense une promesse centrale du développement personnel : une transformation rapide, obtenue par la seule force de la volonté.
Je peux vous affirmer qu’en près de cinq ans d’activité, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ait tenu cette discipline plus de quelques semaines, parfois même quelques jours. Et ce que j’ai le plus entendu ensuite, chez des client·es, c’est la culpabilité de ne pas avoir eu la persévérance de poursuivre.
L’injonction au bonheur fait des ravages et il est nécessaire de le rappeler. Vous êtes en suradaptation chaque fois que vous essayez de coller à un principe qui génère chez vous de la charge mentale.
Je rappelle souvent en séance une réalité : on ne vit ni dans les foyers, ni dans la tête des autres. La vie quotidienne a peu à voir avec les versions aseptisées qu’on vend sur Instagram ou TikTok, surtout quand ces récits deviennent des normes implicites auxquelles on se compare.
Mécanisme d’emprise des coachs gourous
| Le coach « gourou » | Impact sur le public |
| Charisme « hypnotique » | Anesthésie du jugement critique et adhésion |
| Promesses alléchantes | Dépendance envers la figure du sauveur |
| Critique des autres approches | Effet complotiste qui favorise l’isolement |
| Valorisation du succès | Culpabilisation en cas d’échec |
Pour approfondir
L'article de référence sur la suradaptation
Principe de remise en question et humilité de tous les professionnels
Les dérives existent aussi dans les métiers reconnus
Les alertes sur les dérives du coaching et la dérive sectaire doivent être maintenues et même augmentées, c’est non discutable.
Mais ce serait une erreur de s’en tenir à ce constat qui consiste à penser que si ce n’est pas du coaching, ou du développement personnel, alors c’est forcément sûr.
Le risque d’abus de pouvoir, de préjugés, de rigidité idéologique, ou de manque de prudence clinique traverse tout le champ de l’accompagnement, y compris les métiers réglementés.
L’éthique, en pratique, dans une relation d’accompagnement
La déontologie induit des pratiques vérifiables, observables et transmissibles.
Un·e professionnel·le digne de ce nom s’engage à reconnaître inconditionnellement la vulnérabilité structurelle de la personne accompagnée, et à l’accompagner avec compassion et empathie.
Aucun·e professionnel·le n’échappe aux croyances de son époque, aux stéréotypes, à la fatigue, aux automatismes cliniques, ni à la tentation d’avoir raison. Nous devons donc toujours nous questionner pour savoir repérer la zone où l’on glisse de l’accompagnement vers l’influence.
Les professions de santé et de la psyché ont elles aussi parfois des pratiques problématiques
J’entends régulièrement, dans les récits de mes client·es, des expériences où l’accompagnement a dérapé. Psychologues, médecins, corps infirmiers… Et croyez bien qu’il arrive que ce soit tout à fait scandaleux et inadmissible.
Il s’agit le plus souvent d’attitudes ou de propos d’apparence banale mais bien délétères :
- Remarques sexistes
- Minimisation de la souffrance
- Rigidité moraliste
- Lecture culpabilisante d’un symptôme
- Homophobie ordinaire
- Grossophobie
- Et plus fréquent encore, conseils nutritionnels risqués.
Quand ces attitudes viennent d’un médecin, d’un psychologue, d’un psychiatre, d’un soignant, le ou la patient·e est d’autant plus en situation de vulnérabilité.
Je consacrerai d’ailleurs prochainement un épisode du podcast Suradaptation à la relation patient-médecin.
Comment s’y retrouver dans son accompagnement ?
Votre posture face au professionnel qui vous accompagne
Une séance d’accompagnement est, et doit être, un terrain de liberté où vous pouvez vous exercer à :
- Vous exprimer sans crainte du jugement.
- Exprimer votre opinion.
- Faire respecter vos limites si besoin.
Questionnez au moindre doute. N’hésitez pas à réagir lorsqu’un propos vous interroge ou vous semble inapproprié.
D’ailleurs, plus vous interagissez, plus vous vous engagez pour vous même dans le processus. C’est votre histoire, votre parcours, votre vie.
Vous êtes client·e, vous avez le droit de vous assurer de la justesse et de la qualité de l’accompagnement sur lequel vous investissez.
Certifications et cadre déontologique
Toute profession d’aide ou d’accompagnement doit être validée par l’obtention d’une certification professionnelle reconnue.
En France, un·e coach doit à minima prouver sa certification RNCP. Idéalement, cette personne doit pouvoir justifier d’autres formations à des outils complémentaires afin d’être à même de mieux comprendre la gestion de vos émotions, vos blocages, etc.
NB : les outils thérapeutiques ne produisent pas systématiquement un document de certification, car ils ne sont pas des métiers en tant que tels. Ils enrichissent cependant le travail et les connaissances de la personne qui vous accompagne.
D’un point de vue du cadre, votre coach, thérapeute, psychologue, peut être amené·e à vous orienter vers un·e autre professionnel·le. C’est parfois déstabilisant, mais c’est un témoignage de professionnalisme et de respect de la déontologie.
Parmi les dérives du coaching, on note la volonté de conserver le ou la client·e en accompagnement. C’est une forme d’emprise.
Refusez tout dénigrement de vos proches
Les conflits relationnels ou relations toxiques sont des causes de consultations fréquentes. Les tensions avec un parent, un·e conjoint·e, un boss ou un·e autre proche sont des catalyseurs d’émotions douloureuses.
En séance, vous avez le droit de parler de cette personne comme bon vous semble. Le cadre de l’accompagnement est conçu pour vous permettre de verbaliser librement vos peurs, colères ou frustrations. Mettre des mots sur ce que vous ressentez est thérapeutique.
En revanche, un·e professionnel·le sort du cadre déontologique s’il ou elle nourrit la haine, alimente le mépris ou renforce vos émotions douloureuses en dénigrant la personne concernée. De la même manière, un·e professionnel·le qualifié·e ne vous imposera pas une marche à suivre ni un scénario de vie à exécuter.
Notre objectif thérapeutique majeur est de faire émerger votre autonomie, encourager votre capacité de discernement, et vos élans à décider de votre vie.
Dans le cas d’une relation toxique (ou d’une situation d’emprise), l’accompagnement consiste à nommer clairement ce que vous vivez, à repérer les mécanismes relationnels en jeu, et à vous aider à poser vos limites, à prendre conscience de vos besoins, et, si nécessaire, à vous mettre en sécurité. Dans ma pratique, je propose régulièrement des relais associatifs et je partage les coordonnées d’autres professionnels lorsque la situation dépasse le cadre de ce que je peux accompagner seule.
Si vous pensez être victime d’un comportement inapproprié de la part d’un·e coach ou d’un autre professionnel, vous pouvez consulter le site Miviludes.
Fourchette de tarifs
Quelle que soit la profession d’accompagnement, la fourchette de tarifs raisonnables s’étend de 50€ à 100€ la séance, d’environ 1 h.
Concernant les ateliers, la fourchette est plus difficile à établir : leurs durées et contenus sont variables. Cependant, à partir du millier d’euros, je vous recommande la plus grande prudence.
Quelques repères :
- Un tarif trop bas peut révéler un manque de confiance en ses capacités ou formations pour vous accompagner sereinement.
- Un tarif trop élevé n’est pas un gage de sérieux ! Il reflète le plus souvent une notoriété (médias et marketing), et parfois même un ego surdimensionné…
- Une offre gratuite ou réduite n’est jamais désintéressée et purement généreuse.
Être entrepreneur·e comporte des risques, des contraintes et justifie de vouloir bien gagner sa vie. Cependant, si l’appât du gain est supérieur à la volonté d’exercer une activité avec déontologie, vous devenez le pigeon.
Durée d’accompagnement
Elle est extrêmement variable :
- D’une spécialité à l’autre, généralement plus longue avec un psychologue car c’est un accompagnement plus pointu qui vous assure une compréhension profonde de votre histoire.
- D’un individu à un autre, car votre histoire est unique, vos besoins également.
Ainsi, la vente de séances forfaitaires n’est pas déontologique, elle est commerciale, pour vous encourager à dépenser plus. Comment deux personnes pourraient-elles avoir besoin d’un même nombre de séances alors qu’elles ont un vécu différent ?
La méthode DRAMA™
À la découverte de votre vrai self
Si vous vous reconnaissez dans les situations de suradaptation (tenir l’image, s’oublier, culpabiliser, se sentir “à côté” de sa vie), l’atelier en ligne DRAMA™ vous plaira beaucoup ! Je l'ai construit sur protocole structuré issu de plus de 40 courants thérapeutiques que j'ai découverts durant des années de recherche et de formations : psy, philo, socio, neuro… et même théâtre avec une forme de dramathérapie ! (J'ai été comédienne et metteuse en scène pendant 15 ans.)
Suradaptation → origines → déconstruction → dé[DRAMA]tisation → vrai SELF
6 semaines de rire, d'émotions, de créativité et d'amitié !
Autres œuvres sensibilisant aux dérives du développement personnel
L’imposture du bien-être selon Julia de Funès : une déconstruction philosophique
Si le film Gourou illustre cliniquement la dérive, l’ouvrage de Julia de Funès, Développement (im)personnel : Le succès d’une imposture, donne une base complète plus théorique. La philosophe dénonce une imposture du bien-être qui transforme la quête de soi en un produit de consommation standardisé.
Julia de Funès souligne un paradoxe fondamental : comment un développement peut-il être personnel s’il suit des recettes universelles ? L’industrie du développement personnel nie l’altérité. Elle transforme l’unicité de chaque parcours en une série de comportements à optimiser.
C’est réduire l’être humain à une machine dont il faudrait ajuster les rouages pour atteindre une efficacité maximale.
L’Injonction au bonheur devient alors une nouvelle forme de tyrannie. Pour de Funès, cette obligation de positiver en permanence empêche la véritable pensée. On positive plus qu’on ne pense. Cette absence de réflexion critique ouvre grand la porte à la Dérive sectaire, où l’on finit par accepter des théories fumeuses sous prétexte qu’elles procurent un soulagement immédiat.
Documentaire Arte
Le documentaire Le Business du bonheur décrit comment la psychologie positive, conceptualisée aux États Unis dans les années 90, s’est imposée en Europe notamment via le management, et comment ses préceptes se sont diffusés dans le Développement personnel.
Le point important, ici, concerne la norme implicite. Le bonheur devient un objectif, puis une compétence, puis une obligation. On apprend à traquer l’émotion négative, à la corriger, à la rationaliser, à la rendre présentable.
La psychologie positive et l’injonction au bonheur qu’elle induit génèrent de la culpabilité et ne favorisent pas l’apaisement et l’alignement.
La suradaptation et l’injonction au bonheur : le parallèle avec la série Pluribus
Dans ma pratique, je rencontre fréquemment des profils en suradaptation. Ce sont des individus qui, pour répondre à l’injonction au bonheur et aux attentes de performance de la société, ont fini par couper le lien avec leurs ressentis authentiques. Ils portent un masque de réussite qui dissimule une détresse profonde.
Et quand je dis « ils », j’élargis le propos à nous tous et toutes. Questionner nos masques sociaux est fondamental pour se permettre de se rapprocher de son vrai self. C’est d’ailleurs l’objet de l’atelier DRAMA™.
Pluribus ou la dystopie de la bienveillance.
La série Pluribus de Vince Gilligan illustre ce concept de suradaptation collective. Dans ce futur proche, un virus extraterrestre connecte l’humanité en une conscience collective où le bonheur est imposé. La souffrance, la tristesse et le doute sont éliminés par algorithme. Si ce monde semble paisible, il est en réalité une dystopie totalitaire.
Sans la possibilité de ressentir des émotions négatives, l’être humain perd ce qui fait sa singularité.
Le personnage de Carol Sturka, l’une des rares immunisées, incarne la résistance. Son malheur est son dernier espace de liberté. Ce parallèle avec le Coaching professionnel sans éthique est frappant : on cherche à lisser les aspérités de l’individu pour le rendre compatible avec une norme sociale de bien-être, au risque de détruire son identité profonde. La Performance émotionnelle exigée devient une forme d’auto-emprisonnement.
Le podcast Le Piège à rapprocher du film Gourou : la mécanique d’emprise
Le podcast Le Piège propose un regard journalistique rigoureux sur les dérives possibles du développement personnel. Cette série documentaire s’appuie sur près de deux années d’enquête menées par les journalistes Manon Mottard et Frédéric Moray au sein d’un programme de formation appelé Les Clefs du succès.
Là où la fiction du film Gourou met en scène une trajectoire individuelle vers la toute-puissance et la perte de repères, le podcast observe des situations réelles. Les journalistes assistent à des séminaires, recueillent des témoignages d’anciens participants et interrogent des spécialistes. Ils décrivent un dispositif qui associe discours de transformation personnelle et pression à l’achat de formations supplémentaires coûteuses.
Plusieurs éléments mis en lumière relèvent de dynamiques bien connues des chercheurs travaillant sur l’emprise.
- Pression du groupe.
- Mise en cause de la responsabilité individuelle en cas d’échec.
- Fragilisation émotionnelle présentée comme une étape nécessaire du processus
Tout concourt à renforcer l’adhésion au programme plutôt qu’à encourager la pensée critique. Certains participants témoignent d’un endettement important pour poursuivre le parcours proposé.
Sources de l’article
- Film Gourou de Yann Gozlan
- Livre Le développement (im)personnel, Julia De Funes
- Les dérives du coaching, Radio France, publié le samedi 17 novembre 2018 à 13:21
- Le Piège, un podcast sur les dérives du développement personnel, Radio France, publié le samedi 19 juillet 2025 (première diffusion le samedi 12 avril 2025)
- Secteur du « coaching bien-être », enquête de la DGCCRF
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