Je profite de ce nouvel épisode du podcast pour vous présenter le lien entre relation toxique et ce terme qu’on appelle la mithridatisation. Vous allez voir qu’il est issu d’une histoire assez originale. Adaptée au théâtre — et vous savez comme le théâtre est cher à mon cœur !
Saison 2
Et puis, l’épisode d’aujourd’hui est important parce que la relation toxique est le sujet dont j’entends le plus parler chaque semaine. Pour être complètement transparente, c’est d’ailleurs la première source de connexion à ce site : + de 3000 nouvelles personnes chaque mois, rien que sur deux articles de ce blog.
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Qu’est ce que la mithridatisation ?
La mithridatisation décrit un mécanisme d’accoutumance progressive à un toxique. Au départ, la dose paraît faible, presque anodine. Puis elle augmente, étape par étape. Le corps, puis l’esprit, s’habituent. Le danger devient moins visible, moins choquant, presque normal.
Dans une relation toxique, la personne victime se suradapte peu à peu en dépassant toujours un peu plus ses propres limites. Des premiers mots blessants qui vous heurtent profondément, mais auxquels vous semblez vous être habitué·es 6 mois plus tard tant l’escalade est allée crescendo depuis…
Pour approfondir
L'article de référence sur la suradaptation
Pourquoi peut-on parler de mithridatisation dans la relation toxique ?
Au début, vous vous adaptez
Comment on sait qu’on est en situation de suradaptation dans une relation toxique ? À quoi ça ressemble ?
Au début, c’est assez difficile à repérer dans la relation. Parce qu’être agréable aux autres, ça fait partie de notre adaptation naturelle. Nous sommes des êtres sociables et c’est très bien ainsi. Vous pouvez donc avoir le sentiment de faire des concessions qui restent « saines ».
Le basculement commence quand l’ajustement devient une incitation au sacrifice de soi. Mais vous êtes peut-être déjà à ce moment-là en plein phénomène de mithridatisation, vous vous êtes habitué·e aux injonctions toxiques.
Les signes concrets de la suradaptation dans la relation toxique
Je vous propose de vous interroger sur les points suivants, pour voir si ça correspond à ce que vous ressentez :
- Déjà, ça peut être le fait de chercher à anticiper toujours plus les réactions de l’autre.
- Également, vouloir tenter d’arrondir les angles, de chercher à ce qu’il n’y ait pas de conflit, chercher à ce que tout soit le plus paisible possible. Et d’ailleurs, je vous invite à observer dans quel état mental vous vous trouvez. Est-ce que vous avez le sentiment que cette relation vous prend beaucoup d’énergie ? Ça, c’est un bon témoin.
- Vous avez le sentiment que vos limites ne sont pas respectées ?
- Et puis enfin, ça peut être le sentiment d’être dans le flou, comme de ressentir un yo-yo émotionnel, de tenter de vous adapter toujours plus.
Prendre conscience de la douleur mentale
La relation toxique a un coût. Comment fait-on pour le quantifier ?
J’ai pour habitude de dire aux personnes que j’accompagne que vous avez une meilleure amie qui est toujours à vos côtés, toujours présente et pourtant, on n’a pas pris l’habitude de l’écouter. Elle s’appelle la charge mentale.
Posez-vous la question : est-ce que je ressens une charge mentale quand je suis avec cette personne ou quand j’y pense ?
Essayez même de quantifier cette charge : mettez-lui une note sur 10. Elle dépasse régulièrement 5/10, vous êtes clairement en suradaptation, c’est-à-dire que vous négligez vos besoins.
Quand on s’est laissé anesthésier à la manière de la mithridatisation, mettre des mots et prendre conscience est une base nécessaire pour sortir de la relation toxique.
Le rôle, le masque social, et le faux self
La mithridatisation avance d’autant mieux que vous endossez un rôle pour tenir le lien avec la personne.
Jung parlait de persona, de masque social. Et en soi, jouer des rôles n’est pas un problème, c’est même la définition de l’adaptation sociale naturelle. Mais quand ce rôle est éloigné de qui vous êtes, quand il trahit vos valeurs profondes, il vous met en insécurité mentale et vous ne le conscientisez plus du fait du processus de mithridatisation.
Winnicott propose un autre repère très éclairant : le self (et par opposition, le faux self). Dans la relation toxique, le faux self est celui qui cherche à préserver le lien, à être reconnu, à être respecté. En d’autres termes, il essaie d’agir au mieux pour vous, mais il se base uniquement sur la réponse aux blessures, et vous maintient dans une version infantilisée de vous-même.
L’enfant intérieur, réminiscence de votre passé
Mais alors pourquoi est-ce que notre psychisme choisit cette stratégie de jouer certains rôles qui ne nous conviennent clairement pas ?
Eh bien, malheureusement, on ne choisit pas. Ou en tout cas, pas consciemment, et surtout pas tant qu’on n’a pas mis en évidence ce qui nous fait agir de cette manière. Sans cette connaissance de soi, nous risquons de plonger dans le déni.
Pour prendre conscience des rôles qui nous éloignent de nous-mêmes, des situations de mithridatisation aussi, rien de mieux que de se pencher sur notre passé. Parce que ce passé, il a grandement déterminé l’adulte que nous sommes aujourd’hui, et notamment notre degré de suradaptation aussi – si tant est qu’on puisse lui donner un degré.
Le poids de ce passé, il est finalement assez simple à comprendre. Si on n’a pas pu exprimer sainement ses besoins pendant l’enfance, c’est très compliqué de le faire à l’âge adulte. Je vous donne des situations concrètes, en repère, vous allez voir.
- Si vos parents n’écoutaient pas les besoins que vous tentiez de dire quand vous étiez enfant, le besoin d’être valorisé, rassuré, le besoin de créer aussi, de vous amuser. Le jeu, la créativité, ce sont des vraies ressources pour devenir un·e adulte épanoui·e.
- Celles ou ceux qui ont été culpabilisés lorsqu’ils exprimaient un besoin. Et c’est important de dire que ça peut même arriver dans une famille aimante. D’ailleurs, en tant que parent, on peut se questionner. On a vite fait de culpabiliser l’enfant avec des petites phrases comme « Regarde maman, comme elle est triste maintenant » ou encore « Tu me fatigues ! » !
- Et puis il y a une autre situation, c’est celle où on a été insécurisé·e. Notamment quand on exprimait ce qui était important pour nous en tant qu’enfant. Quand les tentatives d’expression de soi étaient réprimées par du dénigrement, par de la moquerie, par de la violence psychique et, malheureusement, parfois aussi par de la violence physique.
Quand nos premières années n’ont pas été sécurisées par un climat à la fois paisible, créatif et aimant, à l’âge adulte, l’enfant intérieur qui est toujours présent à l’intérieur de nous se suradapte.
L’enfant intérieur, si vous voulez, c’est un peu comme la réminiscence de celui ou celle que vous avez été.
Qui était Mithridate ?
Mithridate VI du Pont, aussi nommé « Eupator » le Grand, était un roi de l’Antiquité, obsédé par une peur très concrète : celle être empoisonné.
Alors il a mis en place une stratégie : s’inoculer des doses croissantes de poison, régulièrement, pour habituer son corps. Et il a réussi, le poison a fini par ne plus produire sur lui l’effet létal attendu.
Mais ça s’est retourné contre lui…
Lorsqu’il perd la guerre contre Rome, il est trahi, isolé, enfermé. N’en pouvant plus, il tente de se donner la mort, et le poison ne fonctionne évidemment plus suffisamment sur lui. Son immunisation se retourne contre lui.
Il finira transpercé par une épée. Deux versions de l’histoire ne parviennent pas à s’accorder : l’une affirme que c’est son ami Bituitos qui a commis le geste pour le libérer de ses souffrances psychiques. L’autre raconte que ce sont ses ennemis qui l’ont exécuté.
En tout cas, notre Mithridate est resté célèbre à jamais avec le nom commun qui est dérivé de son nom : la mithridatisation.
Le théâtre comme outil d’exploration
La « célébrité » de Mithridate ne tient pas que par le nom commun dérivé de son nom. Il a aussi inspiré des œuvres illustres, dont une tragédie de Jean Racine.
Vous connaissez mon amour pour le théâtre (conséquence logique de ma carrière de comédienne et metteuse en scène pendant 15 ans). Le théâtre, pour moi, a toujours été un outil de compréhension fine des émotions et des dynamiques relationnelles.
Dans une relation toxique, vous jouez un personnage pour survivre, pour préserver le lien, pour éviter le conflit. Prendre conscience de ce personnage, de la persona de Jung, ou du faux self de Winnicott – comme nous l’avons vu plus haut dans cet article –, c’est le premier pas vers la libération.
La théâtralité, dans mon travail, sert à remettre de la conscience sur les rôles. Elle aide à repérer le moment où vous passez de l’adaptation naturelle à la suradaptation. Elle aide aussi à retrouver une marge de manœuvre, donc une liberté de choix.
Et quand on remet de la conscience, la mithridatisation perd une partie de son pouvoir, parce que ce mécanisme repose sur l’invisible, sur l’habituation.
Je base tous mes accompagnements sur ces principes : apaisement de l’enfant intérieur, pour libérer l’adulte, à travers des techniques créatives – notamment dans les ateliers et l’expérience DRAMA™.
La méthode DRAMA™
À la découverte de votre vrai self
Si vous vous reconnaissez dans les situations de suradaptation (tenir l’image, s’oublier, culpabiliser, se sentir “à côté” de sa vie), l’atelier en ligne DRAMA™ vous plaira beaucoup ! Je l'ai construit sur protocole structuré issu de plus de 40 courants thérapeutiques que j'ai découverts durant des années de recherche et de formations : psy, philo, socio, neuro… et même théâtre avec une forme de dramathérapie ! (J'ai été comédienne et metteuse en scène pendant 15 ans.)
Suradaptation → origines → déconstruction → dé[DRAMA]tisation → vrai SELF
6 semaines de rire, d'émotions, de créativité et d'amitié !
Inspirations thérapeutiques de l’article
- Jung, la persona
- Winnicott, le faux self.
- Jeffrey Young, thérapie des schémas
- Richard Schwartz, avec l’IFS
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le podcast


